Libéré après un an d’emprisonnement en Algérie, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a exprimé lors de ses premières déclarations publiques son souhait de retourner sur le sol algérien. Une volonté qui suscite l’inquiétude du président français Emmanuel Macron, qui l’a personnellement mis en garde.
Un désir de retour malgré les risques
Âgé de 81 ans, Boualem Sansal a confié au président français son intention de regagner l’Algérie, notamment pour récupérer ses effets personnels, dont son ordinateur et son téléphone portable. Emmanuel Macron lui a alors recommandé d’être extrêmement vigilant face aux dangers potentiels d’un tel retour.
Le chef de l’État français a néanmoins promis de soulever cette question auprès de son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, témoignant ainsi d’une volonté de dialogue sur ce dossier sensible.
Les craintes de l’écrivain pour ses proches
L’auteur du Serment des barbares ne cache pas ses préoccupations. S’il envisage ce retour, il redoute particulièrement les conséquences pour son épouse, qui pourrait à son tour faire l’objet d’une arrestation par les autorités algériennes. Cette crainte légitime souligne la complexité de sa situation et les tensions persistantes entre l’écrivain et le régime d’Alger.
Un contexte diplomatique délicat
La situation de Boualem Sansal s’inscrit dans un contexte de relations franco-algériennes tendues. Arrêté en novembre 2024 à son arrivée à l’aéroport d’Alger, l’écrivain a passé près d’un an en détention avant d’être gracié par le président Tebboune, suite à une médiation allemande.
Durant sa captivité, Sansal était incarcéré dans le quartier de haute sécurité de la prison de Koléa, où il a partagé sa cellule avec un ancien policier condamné pour escroquerie. C’est là qu’il a appris être atteint d’un cancer de la prostate, diagnostiqué à l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger.
Une libération sous haute surveillance diplomatique
L’écrivain attribue son arrestation à la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, un sujet qui constitue une ligne rouge absolue pour Alger. Cette position française, annoncée fin juillet 2024, a déclenché une crise diplomatique majeure entre les deux pays.
Conscient des enjeux politiques, Boualem Sansal reconnaît désormais devoir peser chaque mot qu’il prononce. Lors de ses premières interventions médiatiques, il a affirmé contrôler soigneusement ses déclarations pour ne pas compromettre les relations diplomatiques entre Paris et Alger, tout en maintenant son engagement en faveur de la liberté d’expression.
Les obstacles à un retour improbable
Les analystes s’accordent à dire qu’un retour de l’écrivain en Algérie semble hautement improbable. Le régime algérien, qui a rejeté pendant près d’un an tous les appels à sa libération, accepterait difficilement de le voir revenir sur le territoire national, même pour un séjour discret et temporaire.
Cette affaire continue d’alimenter les débats sur la liberté d’expression dans la région et sur l’état des relations entre la France et son ancienne colonie, soixante-trois ans après l’indépendance.

















